Préparer sa maison de campagne aux nouveaux DPE sans la dénaturer
Entre les nouveaux DPE, les interdictions de location et la pression pour la rénovation énergétique, beaucoup de propriétaires de maisons de campagne du Perche ne savent plus par quel bout prendre le problème. On va être clair : courir après la note sans respecter le bâti ancien est la pire stratégie possible.
Un DPE pensé pour les appartements, appliqué aux longères
Depuis la réforme du DPE entrée en vigueur en 2021, et les ajustements successifs de 2023‑2024, la France a décidé de déclarer la guerre aux passoires énergétiques. Sur le principe, difficile de défendre l’idée d’une maison glaciale et gourmande en fioul. Mais le diable se cache dans les détails.
Pourquoi tant de maisons anciennes sont mal classées
Les longères, granges aménagées et maisons en pierre du Perche présentent un profil énergétique très différent de celui d’un immeuble des années 70 :
- murs massifs en pierre, à forte inertie, mais rarement isolés ;
- volumes souvent importants, plafonds hauts, pièces en enfilade ;
- menuiseries anciennes, parfois simple vitrage, parfois déjà remplacées en partie ;
- systèmes de chauffage variés : poêle à bois, radiateurs électriques, chaudière ancienne.
Le DPE, lui, mesure des consommations théoriques selon des scénarios standardisés. Résultat : une maison agréable à vivre, utilisée majoritairement le week‑end, finit affublée d’un E ou d’un F qui fait paniquer tout le monde.
Ce que changent concrètement les nouvelles règles
Pour mémoire, le calendrier prévu par l’État est clair :
- depuis 2023, gel des loyers pour les biens classés F et G ;
- interdiction progressive de louer les logements très énergivores, à commencer par les G, puis les F ;
- pression croissante des banques sur les biens les plus mal classés, avec un impact sur la revente.
Même si les annonces évoluent au fil des gouvernements, la direction est nette : il faudra rénover. La question, c’est comment, surtout dans un territoire de patrimoine comme le Perche.
Refuser la course à la note, viser le confort durable
Il faut le dire sans détour : certains "plans DPE" standard sont un désastre pour le bâti ancien. Doublage intérieur en laine minérale, pare‑vapeur étanche, VMC sous‑dimensionnée… et quelques années plus tard, apparition de moisissures, bois pourris, pierres qui s’effritent.
Deux objectifs, une même stratégie
Aujourd’hui, un propriétaire de maison de campagne a deux enjeux :
- améliorer sa note DPE suffisamment pour ne pas se retrouver bloqué (location, revente, financement) ;
- rendre la maison réellement confortable, été comme hiver, sans abîmer la structure.
Bonne nouvelle : en respectant le fonctionnement du bâti ancien, on peut atteindre les deux. Ce n’est pas la solution la plus rapide ni toujours la plus « rentable » sur le papier, mais c’est la seule qui ne défigure pas la maison.
Un diagnostic énergétique qui respecte le bâti
Avant de rêver à la lettre D, il faut comprendre comment votre maison se comporte. Un audit sérieux sur une longère du Perche devrait :
- analyser les déperditions par parois, mais aussi les apports gratuits (soleil, poêle, inertie des murs) ;
- prendre en compte les usages réels (résidence principale ou secondaire, périodes d’occupation) ;
- intégrer l’état de la ventilation et de l’humidité (voir notre article Isoler une maison en pierre sans la faire moisir).
Les recommandations de l’espace France Rénov' vont d’ailleurs dans ce sens : partir d’un audit global, et non d’une série de travaux déconnectés.
Par où commencer pour améliorer son DPE sans massacrer les murs
La tentation la plus fréquente, surtout après un mauvais DPE, c’est de foncer sur le premier devis d’isolant le plus épais possible. Mauvaise idée.
Étape 1 - Traiter l’air avant de gaver les murs d’isolant
Une maison de campagne du Perche typique cumule souvent :
- absence de VMC ;
- menuiseries anciennes qui "ventilent" par défaut ;
- cheminées ouvertes ou mal tubées ;
- poêle à bois tirant l’air de la pièce.
Si vous commencez par remplacer toutes les fenêtres et sur‑isoler les murs sans revoir la circulation de l’air, vous transformez la maison en thermos humide. L’ordre logique est :
- sécuriser les conduits (cheminée, poêle) ;
- créer une ventilation maîtrisée (VMC simple ou double flux adaptée) ;
- adapter les habitudes de chauffage et d’aération.
Ce n’est pas ce qui fait bondir la note du DPE en une ligne, mais c’est ce qui conditionne la pérennité du reste.
Étape 2 - Isoler là où la chaleur s’échappe : planchers hauts et toitures
Isoler par le haut est presque toujours l’intervention la plus rationnelle sur une longère :
- travaux peu visibles depuis l’intérieur si l’on laisse les poutres apparentes ;
- impact immédiat sur le confort hivernal ;
- compatibilité avec des matériaux perspirants (ouate de cellulose, fibre de bois, etc.).
On retrouve cette logique dans notre article Rénovation énergétique d'une longère sans la défigurer : on commence par le bon sens, pas par le marketing.
Étape 3 - Choisir un chauffage cohérent, pas à la mode
Ici, l’actualité brouille tout. On a vu la pompe à chaleur devenir quasi obligatoire dans les conversations, comme si c’était l’unique passeport pour un bon DPE. C’est plus compliqué que cela.
Dans une maison en pierre du Perche, partiellement isolée, avec de grandes pièces et un usage en partie saisonnier, nous avons déjà constaté :
- des pompes à chaleur surdimensionnées tournant en sous‑régime, générant un confort médiocre ;
- des poêles à bois performants apportant un confort réel, complétés par un appoint électrique raisonné ;
- des chaudières récentes bien réglées constituant un compromis pertinent en attendant une isolation plus poussée.
Notre article Pompe à chaleur dans une maison ancienne du Perche : bonne ou fausse bonne idée détaille ces arbitrages. Du point de vue du DPE, un système bien dimensionné et bien piloté vaut mieux qu’une technologie "à la mode" installée au chausse‑pied.
DPE, location saisonnière et usage réel : un cas concret
Cas typique : une ancienne ferme près de Mortagne‑au‑Perche, utilisée 12 semaines par an, le reste du temps maintenue à 12‑14°C, avec quelques locations saisonnières. Le DPE la classe en F, et les propriétaires envisagent d’engloutir tous les murs sous l’isolant et de changer toutes les fenêtres pour gagner deux lettres.
Sortir du réflexe défensif
En creusant, on découvre :
- que la maison n’est jamais chauffée en continu l’hiver ;
- que les locataires viennent surtout au printemps et à l’automne ;
- que les déperditions principales proviennent des combles non isolés et d’une baie vitrée mal posée.
Le plan rationnel, sur 3 à 4 ans, a été le suivant :
- isolation du plancher haut en matériaux biosourcés, traitement rigoureux des fuites d’air ;
- remplacement ciblé de la baie vitrée et des trois fenêtres les plus exposées au nord ;
- installation d’un poêle à bois performant bien dimensionné, avec un pilotage simple ;
- réglage et optimisation des périodes de chauffe selon les usages réels.
Bilan : un DPE passé de F à E, une maison nettement plus confortable lorsqu’elle est occupée, et aucun doublage destructeur sur les murs en pierre. Aurait‑on pu viser le C ? Peut‑être, mais au prix d’une transformation profonde qui aurait trahi l’esprit du lieu.
Actualité, aides et vigilance : ne pas se laisser enfermer
Entre MaPrimeRénov’, les CEE, les prêts à taux bonifiés et les annonces gouvernementales changeantes, il est tentant de laisser les aides dicter le projet. C’est exactement le piège à éviter.
Utiliser les aides comme un levier, pas comme un GPS
Les dispositifs comme MaPrimeRénov’ sont pensés pour favoriser les rénovations globales performantes. Sur le papier, très bien. Dans une maison de campagne en pierre, les choses se compliquent si l’on applique les bouquets de travaux standard sans nuance. Le site de l’ADEME le rappelle d’ailleurs : chaque projet doit être adapté au bâti existant.
En pratique, la bonne approche consiste à :
- définir d’abord une stratégie de rénovation cohérente pour votre maison du Perche ;
- puis identifier les aides qui peuvent s’y associer, quitte à phaser les travaux pour répondre aux conditions.
L’inverse — courir après la subvention et forcer la maison à entrer dans un cadre inadapté — conduit à des aberrations techniques.
Ne pas sacrifier l’authenticité pour une lettre sur un papier
Dans le Perche, la valeur réelle d’une maison de campagne tient autant à son implantation, ses volumes et ses matériaux qu’à sa note DPE. Une maison passée de F à D mais qui aurait perdu ses poutres apparentes derrière un faux plafond, ses pierres derrière un doublage en plaques de plâtre et ses proportions d’origine n’y gagnerait rien : ce serait un renoncement.
La véritable modernité, c’est de savoir dire non aux solutions toutes faites, et oui à une rénovation patiente, intelligente, conciliant performance et respect du lieu.
Vers une rénovation énergétique lucide et assumée
Préparer sa maison de campagne aux nouveaux DPE, ce n’est ni tout casser, ni ignorer les enjeux. C’est accepter d’examiner objectivement ses faiblesses (déperditions, chauffage obsolète) tout en préservant ce qui fait sa force : son caractère, ses matériaux et son inscription dans le paysage du Perche.
Le moment est plutôt bien choisi : les textes évoluent, les aides se consolident et les retours d’expérience s’accumulent. Si vous ne savez pas par où commencer, entamez une discussion franche sur votre projet, votre horizon de temps et vos usages. C’est exactement le type d’échange que nous privilégions lorsque vous nous contactez via Parlez‑nous de vos projets. Le DPE n’est qu’un outil ; la maison, elle, mérite un projet à sa mesure.